Ça fait des mois qu'on n'a pas vu un nuage chez nous. Des mois. Alors quand j'ai appris que l'éclipse du 12 août
tomberait pile pendant notre apéritif, j'y ai vu un signe : l'occasion d'offrir à nos hôtes un moment que peu de gens
ont la chance de vivre — pas seul sur un parking à lever les yeux deux minutes, mais ensemble, à table, avec le
temps d'en parler et de le partager.
J'ai galéré à trouver des lunettes homologuées — les stocks partaient vite partout — mais j'ai fini par en dénicher
chez notre opticien à Argenton-sur-Creuse, une pour chaque hôte. J'étais heureux de ce petit geste. Je m'étais mis
en tête que ce soir-là serait mémorable.
Et puis le 12 août est arrivé. Et avec lui, le seul nuage du mois. Comme s'il avait attendu ce jour précis pour venir
se poster au-dessus de la maison et d'Argenton-sur-Creuse. Nos hôtes ont quand même mis leurs lunettes, par jeu,
en sachant qu'ils ne verraient rien. On en a ri. Mais je ne vous mentirai pas : au fond, j'étais déçu. J'avais tellement
voulu que ce moment soit à la hauteur de ce que j'imaginais
Le seul nuage du mois, pile au-dessus de la maison ce soir-là
La soirée, elle, a été belle et remplie de partage — le repas a pris le relais avec sa propre magie, entre bons mots et
éclats de rire autour de la table. Jean-Marc, un habitué de la maison passionné d'astronomie, nous envoyait en
direct par WhatsApp ses photos de l'éclipse prises de son côté ; on les faisait circuler à table, comme si le ciel,
même caché, restait un peu avec nous. Parmi nos hôtes ce soir-là, Patrick et Hélène, restés une semaine chez nous.
Le flan coco du soir, immortalisé lui aussi dans le dessin d'Hélène
Le matin de leur départ, Hélène nous a tendu une enveloppe faite main, avec nos deux prénoms écrits dessus, un
petit cœur à côté de chacun.
L'enveloppe faite main d'Hélène
À l'intérieur, un dessin. Notre soirée éclipse, croquée de mémoire : nos hôtes avec leurs lunettes inutiles, le nuage
malicieux « qui a trouvé le moyen de stationner au-dessus de la maison », et même mon flan coco, fidèlement
représenté jusqu'aux tranches de kiwi.
Le dessin d'Hélène, souvenir de notre soirée éclipse
Nous avons été très touchés, Katia et moi. Plus, je crois, que si nous avions vu l'éclipse dans son intégralité. Parce
que ce dessin raconte quelque chose que le ciel, lui, n'aurait jamais pu offrir : la preuve qu'un moment partagé,
même sous les nuages, peut marquer quelqu'un au point qu'il prenne le temps, des jours après, de le coucher sur le
papier et de nous l'offrir.
C'est peut-être ça, finalement, la vraie magie de ce qu'on essaie de faire « Aux Prés du Berry » : ce ne sont pas les
astres qu'on maîtrise, mais les rencontres. Et parfois, ce sont elles qui nous offrent les plus beaux cadeaux — bien
plus impressionnants qu'une éclipse, même à 94%.
Merci Hélène, merci Patrick. On garde bien sûr précieusement votre dessin.