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Aux prés du Berry

TiKa, la chienne mascotte de notre chambre d'hôtes en Berry

TiKa, joyeux témoin de notre aventure Aux Prés du Berry


Il y a des rencontres qui décident du reste. La nôtre avec TiKa a eu lieu en mars 2021, en plein chantier de rénovation : les tranchées d'évacuation étaient ouvertes, le toit attendait sa couverture, les murs étaient décroûtés jusqu'à la pierre nue.


Nous étions debout dès 7 heures et ne posions les outils qu'à la nuit tombée. Ce n'était clairement pas le bon moment pour accueillir un chiot.


Et pourtant. Notre voisin Dominique, ancien agriculteur, est arrivé un jour avec deux chiots dans les bras, nés à peine 500 mètres à vol d'oiseau de chez nous, dans les étables d'un château : leur mère, elle, vivait bien dans le château lui-même. Il y avait la plus dynamique, et sa sœur, plus timide. C'est la première qui nous a choisis autant que nous l'avons choisie :

TiKa. Border collie de tempérament, même si elle est croisée et un peu plus menue que la race pure. Elle en a pourtant hérité toute l'intelligence et l'instinct. La preuve : sur une de nos premières photos d'elle et de sa sœur, on la voit déjà la tenir par la laisse, comme pour la rassembler. Le troupeau, avant même d'en avoir un.


TiKa et sa sœur, avant le choix


L'instinct n'a d'ailleurs pas mis longtemps à se confirmer autrement. Elle avait à peine trois mois et demi lorsque, chez le

voisin qui gardait encore un mouton dans son jardin, elle a trouvé le moyen de se glisser jusqu'à lui — et l'a proprement

conduit jusqu'à son abri, sans que personne ne le lui ait jamais appris. Le mouton faisait cinq fois sa taille. Il râlait, mais s'est exécuté et est rentré dans son enclos.


Les tout premiers jours à la maison en plein travaux


Cette envie d'aider ne l'a plus jamais quittée : un border collie a besoin d'une mission pour rester équilibré, et elle en a fait sa raison d'être. Pendant le chantier, Katia s'échinait à arracher les bâches en plastique que les anciens propriétaires avaient enterrées dans notre futur potager — utiles contre les mauvaises herbes, peut-être, mais inconcevables pour Katia de laisser la moindre trace de plastique. TiKa a vite compris et pris l'habitude de tirer elle aussi dessus à pleine gueule, pour les arracher et venir les déposer devant nous, fière de sa trouvaille. Plus tard, alors que le poulailler était encore tout au fond du jardin, elle est même revenue un jour de sa propre initiative avec un œuf dans la gueule — intact, pas la

moindre fêlure. Personne ne le lui avait demandé ; on lui a bien expliqué que ce n'était pas vraiment son travail, elle a compris et ne l'a plus jamais refait.


Chaque printemps, en mai, une nouvelle mission l'attend. Notre bassin aux poissons rouges — un ancien abreuvoir à vaches, du temps où la propriété était encore une ferme — attire les grenouilles en pleine période des amours ; pour éviter d'avoir à entendre leur concert nocturne, nous nous arrangeons pour les en retirer. Katia les attrape alors à l'épuisette pour les porter chez Robert, un voisin qui répète invariablement, de son bel accent berrichon : « Mais une grenouille, c'est un trésor dans un potager ! » En berrichon, on dit qu'on roule les « r » en berouette : pour imager la phrase de Robert, ce serait plutôt « Mais une grrrrrenouille, c'est un trrrrrésorrrrr dans un potager ! » TiKa, elle, s'est trouvé son propre rôle dans l'affaire : repérer les grenouilles sorties de l'eau et prévenir Katia qu'elle peut venir les cueillir à l'épuisette.

Son nom ne se devine pas au premier regard : Ti, le diminutif de Thierry, et Ka, celui de Katia. Elle porte le nôtre en secret depuis le premier jour — même si 2020, l'année de sa naissance, n'était pas « l'année des T » dans la convention des noms de chiens.



Nous avons douté, au début. Comment s'occuper correctement d'un chiot quand on travaille du matin au soir sur un chantier pareil ? La réalité a pris le contre-pied total de cette peur : TiKa s'est révélée merveilleuse : elle ne voulait qu'une chose, nous faire plaisir. Le soir venu, épuisés, nous prenions le temps de nous asseoir avec elle contre la palissade en bois, à regarder ensemble les vaches de l'élevage voisin brouter dans le soir qui tombait. Sans le savoir encore, ces instants suspendus allaient devenir l'esprit même de la maison d'hôtes à venir.


Le soir, à la palissade


Concernant le poulailler, bien avant l'installation d'une trappe automatique, c'est Katia qui l'ouvrait chaque matin et le fermait chaque soir, toujours à la même heure. TiKa avait fini par régler sa propre montre sur la sienne : elle venait la prévenir pile à l'heure, puis partait devant, au pas de course, faire le tour du grand parc — comme pour vérifier qu'aucun danger ne guettait Katia sur le chemin.


En hiver, observant les poules


Cinq ans plus tard, à 17 heures, c'est toujours le même rituel qui ouvre chaque séjour : une silhouette immobile devant le portail, les oreilles dressées vers la route. TiKa hésite un instant devant chaque nouvel arrivant, observe, puis adopte d'un battement de queue. Désormais, vous êtes de son troupeau — elle vous le prouve aussitôt en filant devant, ouvrant le chemin de nos 4500 m² de parc et d'arbres centenaires. Nous le disons à nos hôtes en riant, mais sérieusement aussi : TiKa est le guide officiel du domaine, autant que la gardienne et protectrice.


Fidèle au portail, même sous la pluie




Cette vigilance-là, elle l'a apprise elle-même, à sa façon. Son aboiement au portail ne s'est appris qu'en trois leçons : au début, elle aboyait pour tout et n'importe quoi, et Thierry allait alors regarder partout d'un air appliqué avant de la renvoyer à la maison en lui disant qu'elle l'avait fait venir pour rien. Il n'en a pas fallu plus pour qu'elle comprenne la nuance : aujourd'hui, elle ne signale que l'arrivée d'un nouveau visage, jamais un départ suivi d'un retour.



Et le matin, à l'heure des départs, elle referme chaque séjour à sa façon : dès qu'elle entend démarrer votre voiture, elle sprinte jusqu'au bout du verger pour être plus rapide qu'elle, et vous lance un au revoir aboyé au passage, avant que la route ne vous emporte.



Ce que les clients ne voient pas toujours, c'est cette complicité du quotidien qui va bien au-delà des câlins. TiKa nous parle, à sa façon — presque comme si elle avait la parole. Le matin, elle a sa propre manière de nous dire bonjour. Le soir, c'est elle qui vient nous chercher quand, pour elle, l'heure est venue de monter se coucher ou de rejoindre nos pièces

privées. Quand elle a faim, un petit « hum » léger suffit — jamais un aboiement, jamais une bousculade. Et si on lui tend quelque chose à manger, elle le prend toujours avec une délicatesse infinie, avant d'aller le savourer, sagement, sur son tapis.



Ce que les mots peinent à raconter, ses regards le disent, eux, sans effort : un regard échangé qui en dit plus qu'une phrase, une tête posée au bon moment, sans qu'on ait rien demandé. Une complicité tranquille, faite de tendresse et de silence partagé. TiKa habite l'espace autant qu'elle habite nos journées. Elle est, tout simplement, notre réconfort.

Ce que nos hôtes en gardent, leurs avis le racontent, année après année : une chienne adorable, obéissante, bien élevée, dont on nous redemande encore des nouvelles des mois après être repartis, avec toujours la même formule : « une caresse à TiKa ». Certains nous ont même écrit pour prendre de ses nouvelles quand elle n'était pas au mieux. D'autres, plus

petits, gardent d'elle « un souvenir tendre ».





Alors quand vous passerez le portail Aux Prés du Berry, ne soyez pas surpris de la trouver là, fidèle au poste. Chez nous, l'esprit pension de famille ne s'éteint jamais tout à fait. Pas même pour elle.