Il y a des questions qu'on nous pose presque tous les soirs, autour de la table d'hôtes, au moment du fromage.
"Il vient d'où, ce chèvre ?" — celle-là, j'y réponds avec plaisir. Je vais le chercher moi-même chez Francis Chaumette, à la ferme à Gournay, à environ 16 km d'ici. On m'a souvent dit qu'il y avait des chèvreries plus proches — c'est vrai. Mais celle-ci, je ne l'échangerais contre aucune autre. Question de goût, de fidélité à un producteur, et un peu d'habitude aussi.
Puis vient la deuxième question, presque toujours la même : "Et le camembert, vous allez le chercher en Normandie ?"
C'est là que ça devient amusant. Parce que non — je ne suis jamais monté en Normandie chercher notre camembert au lait cru, moulé à la louche. Pas plus que je ne suis descendu en Auvergne pour le bleu. Alors quand on me pose la question, je réponds toujours la même chose, avec le sourire : "Vous êtes sûr ? Parce que je ne suis pas allé le chercher..."
Ça surprend, ça fait rire, et ça résume assez bien notre philosophie : on ne prétend pas tout faire nous-mêmes, ni tout ramener en voiture depuis l'autre bout de la France. Ce qu'on peut maîtriser vraiment — le local, la proximité, la relation avec un producteur qu'on connaît — on le fait avec soin. Le chèvre, c'est celui-là. Le pain et la brioche, c'est la farine du dernier moulin du département. Pour le reste, on choisit avec la même exigence : du lait cru, du savoir-faire, des méthodes traditionnelles — même quand la route est plus longue que 16 km, même quand on ne l'a pas faite nous-mêmes.
Alors la prochaine fois que vous serez à notre table et que vous demanderez d'où vient le camembert... vous connaissez déjà la réponse. 😉